Rapport Médecins du Monde rapport moral 2007
SOMMAIRE
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NOTRE PROJET : 2007-2008 LE TEMPS DES MUTATIONSL’action humanitaire n’échappe pas aux violences et ambiguïtés qui caractérisent l’évolution mondiale actuelle.Pour Médecins du Monde l’année 2007 aura été marquée par la complexité des nouveaux contextes d’intervention. Au-delà des « traditionnelles » zones de conflits où MdM intervient, nous apportons une aide aux populations en danger dans ces nouveaux contextes, avec l’obligation corollaire de réfléchir à l’exposition de nos équipes sur place.
Forts de notre expérience, nous nous trouvons confrontés à de nouvelles situations: c’est le cas notamment de plus en Forts de notre expérience, nous nous trouvons confrontés à de nouvelles situations: c’est le cas notamment de plus en plus fréquent des conflits ethniques, face auxquels il convient d’adopter de nouvelles stratégies, d’anticiper les éventuels risques qui en découlent et d’imaginer des modes opératoires réalistes et adaptés, dans un processus permanent de liens avec les réseaux et leaders locaux.
TEMOIGNAGE : Favoriser l’accès à la santé nécessite certes le déploiement d’activités de soins et de témoignage, mais ne peut plus faire l’économie d’un travail d’influence auprès des politiques. L’activité de plaidoyer que nous entendons développer au cours des prochaines années s’inscrit dans la continuité du témoignage et visera à renforcer nos capacités d’influence auprès des décideurs politiques.
Les modes d’intervention des associations humanitaires sont une préoccupation essentielle pour Médecins du Monde, comme pour d’autres ONG. Les mésaventures de l’Arche de Zoé, dont les tristes turbulences ont éclaté à l’Automne 2007, constitueront un cas d’école pour les générations futures qui s’engageront dans des actions de solidarité internationale d’urgence. Le dérapage de cette affaire a ainsi conduit Médecins du Monde à ouvrir une réflexion sur le mode d’intervention des ONG humanitaires, en organisant un forum en décembre 2007 avec la plupart des acteurs concernés. Ce forum (1) a permis de rappeler certains principes fondamentaux, nécessaires avant toute intervention, comme la nécessité de connaître de façon approfondie les contextes des pays d’intervention et la diversité de leurs cultures. La réponse humanitaire doit répondre aux besoins des populations en évitant de transposer nos propres représentations et idées du bien. Les débats ont aussi mis en exergue l’ambigüité de la relation ONG-médias dans l’échange et le traitement de l’information ainsi que dans le choix de couvrir un contexte plutôt qu’un autre.Questionner ces interventions, susciter du débat autour de l’action humanitaire, des situations géopolitiques, est une démarche importante à Médecins du Monde. Il est souhaitable que ces questionnements soient permanents et imprègnent nos actions sur le terrain.
L’organisation d’un certain nombre de forums et de séminaires régionaux (en Amérique latine, Moyen-Orient et Afrique) en sont des déclinaisons concrètes.
Favoriser l’émergence d’acteurs de la solidarité internationale qui ne viennent pas d’Occident fait partie de notre mission. En ce qui concerne les actions à plus long terme, Médecins du Monde a réaffirmé sa volonté de continuer à améliorer la prévention et l’accès aux soins pour tous ainsi qu’à favoriser la prise en charge des personnes atteintes du VIH/Sida, en facilitant en particulier l’accès aux ARV. Cela nous oblige à nous poser des questions sur la pérennité des projets et la capacité des autorités locales à prendre le relai. Le souci de former le personnel local, de soutenir la société civile et les autorités afin d’assurer la pérennité des actions, doit être permanent dans toute action initiée par notre association. Penser l’action terrain passe également par une approche transversale. Certains déterminants sanitaires, mais aussi macro économiques ou culturels, influent concomitamment dans des régions totalement différentes. Plutôt que de développer des actions verticales, il est plus efficace, dès lors, de travailler sur la capitalisation de nos actions. C’est ainsi que nous développons aujourd’hui des réflexions sur les thèmes de la violence faite aux femmes, de l’interculturalité, de la pénurie des ressources humaines en santé, ou du renforcement des systèmes de santé. Développer des thématiques transversales communes à plusieurs pays et continents continue d'être une priorité pour Médecins du Monde.EN FRANCE, LA MOBILISATION INITIEE AU MOMENT DES ELECTIONS CONTINUE D’ETRE D’ACTUALITE.
L’année 2007 est un mauvais cru au niveau de l’accès aux soins des plus vulnérables. La conséquence immédiate est une baisse de fréquentation des structures de première ligne, par crainte des arrestations. Les populations Rroms n’ont MdM reste vigilant face aux politiques mises en place à la suite des élections présidentielles. Ainsi, la loi sur l’immigration et en particulier l’amendement Mariani sur l’ADN nous ont laissés sans voix mais pas inactifs. Une fois de plus, grâce à notre réseau local et national, nous nous sommes mobilisés en lançant la pétition « Médecine et immigration : non aux liaisons dangereuses ». Comment, en effet, ne pas s’inquiéter de voir s’installer par touches successives une logique qui consiste à utiliser les sciences médicales comme supplétif de la maîtrise de l’immigration ? Vers un droit de désobéissance déontologique ?Cette pétition a été l’occasion de promouvoir l’idée d’un droit de désobéissance déontologique de la part de tous les professionnels de santé qui pourraient être amenés à prescrire ou à réaliser des actes utilisant les sciences médicales, non pas dans l'intérêt médical de la personne, mais dans le cadre des lois portant sur l'immigration. Elle a bénéficié d’un soutien massif des professionnels concernés, avec près de 30 000 signatures.
Notre présence et notre visibilité, que nous voulons renforcer dans le milieu universitaire, se confirme au travers d’une collaboration régulière avec l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, ou le travail mené auprès des universités pour la prise en compte spécifique du facteur « précarité » dans les cursus médicaux.
MEDECINS DU MONDE ET L’ADOPTION INTERNATIONALE Médecins du Monde, association humanitaire médicale, est la seule en France à voir intégré l’adoption dans ses statuts fondateurs et créé une mission en charge de l’adoption internationale. Le statut d’Organisme Agrée pour l’Adoption (OAA) a été obtenu en 1998. L’objectif est de rester fidèle à l’engagement de l’ONG : défendre les populations les plus vulnérables, parmi lesquelles les enfants, premières victimes en cas de crises ou de conflits, et protéger leurs Droits fondamentaux : droit à une famille, droit aux soins, et droit à l’éducation pour grandir.
Dans le cadre de son activité d’adoption internationale, l’évolution récente de la jurisprudence européenne contribuera à alimenter la réflexion initiée lors d’un forum au sein de notre association : celle des adoptions monoparentales ou homoparentales. En condamnant la France qui avait refusé l’adoption à une institutrice vivant en concubinage avec sa compagne, l’arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme rendu en janvier dernier marque effectivement un tournant dans ce débat. Mais au-delà des positions prises en France, il restera essentiel pour nous de continuer à respecter les lois des pays d’origine des enfants et de défendre l’intérêt premier de l’enfant. Le parrainage dans les hôpitaux s’est poursuivi avec la même efficacité, pour répondre aux besoins d’enfants éloignés de leurs attaches familiales et affectives. LES 4 CHANTIERS POUR 2010
Lors de l’AG 2007 j’ai eu l’occasion de pointer 4 dossiers dont les enjeux sont majeurs pour l’avenir de MdM et pour notre capacité à agir. Le premier concerne nos contextes d’intervention, préoccupation largement traitée dans la description de nos actions à l’international. Les trois autres concernaient le développement de notre réseau international, la gouvernance de l’association et la diversification financière. Nous avons donné mandat à la nouvelle direction des relations internationales (DRI) de mettre en œuvre une politique qui s’inspire de deux orientations principales : la refondation de notre réseau devra s’organiser résolument dans une logique axée sur les préoccupations de terrain. Les échanges et mises en commun seront centrés sur cette volonté de faire plus et mieux ensemble, dans l’action et dans le plaidoyer. Le réseau devra d’autre part s’inscrire dans une logique de résultats concrêts quant au développement et à l’émergence de nouvelles délégations puissantes. Ce qui signifie que l’avenir de Médecins du Monde est indissociable d’une croissance effective d’autres délégations.
L’an dernier, à cette même époque, a été confié à un groupe de travail le soin de se pencher sur la question de nos délégations régionales et de notre modèle de décentralisation. Ce travail est en cours d’aboutissement et les rendez-vous associatifs de ces dernières semaines, CCN et CA notamment, ont permis de faire le point sur les débats intermédiaires qui se sont tenus tout au long de l’année.
Au nom du Conseil d'Administration, mais également en mon nom propre, je souhaite remercier tous ceux qui, par leur action ou leur soutien, témoignent de leur confiance en Médecins du Monde. Volontaires, bénévoles, associatifs, partenaires locaux, salariés au siège et sur le terrain, bailleurs. C’est la collaboration de chacun, en un tout cohérent, qui permet à notre association de poursuivre son action en faveur d’un meilleur accès aux soins. Poursuivons ensemble ce travail dans la même sérénité que celle de l’année écoulée. -------------------
(1) FORUM « L’ARCHE DE ZOE, DÉRIVE UNIQUE OU PRODUIT D’UN SYSTEME ? » L’objectif était de croiser des regards critiques sur les évolutions de la « machine humanitaire », à travers l’affaire de l’Arche de Zoé: représente-t-elle une dérive unique, ou est-ce au contraire le produit d'un système ? Plus de 350 personnes présentes ainsi que les principaux acteurs concernés. |
Mai 2008