La migration est un facteur de vulnérabilité pour la santé. Les difficultés et les risques liés au processus migratoire affaiblissent les individus et aggravent leur état de santé, en particulier lorsque les personnes ont été poussées à la migration par nécessité économique. La migration, limite également l'accès aux soins : transits dans des villes et des endroits inconnus, absence d'information sanitaire, absence de moyens financiers, difficultés administratives liées aux déplacements constants des personnes… sont autant d'obstacles.
Association médicale de solidarité internationale, Médecins du Monde-France (MdM) se mobilise depuis 1980 pour améliorer l'accès aux soins et à la prévention des populations les plus vulnérables dans le monde.
Ce rapport présente une analyse de l'état de santé des migrants rencontrés à l'occasion de consultations médicales réalisées dans les auberges pour migrants, à Tijuana etMexicali, et au poste d'expulsion San Ysidro de Tijuana.
L'analyse repose sur des données directement collectées sur le terrain par les médecins de MdM auprès de 1535 migrants, du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2007. Cette enquête médico-sociale se divise en trois parties: le profil des migrants, leur accès à la santé, leur situation sociale et leur parcours migratoire.
Les résultats les plus révélateurs de l'étude concernent :
Le profil des migrants: la population migrante vue en consultation est essentiellement jeune, masculine et composée majoritairement de Mexicains. Les raisons économiques constituent le motif de départ invoqué par les 4/5ème d'entre eux, ce qui explique les difficultés qu'ils rencontrent pour payer les dépenses liés aux coûts d'éventuels soins. Le terme "migrant" se réfère à des réalités très diverses : expulsés, rapatriés, personnes en transit vers les Etats-Unis, sortie volontaire. Un migrant sur huit est un transmigrant, c'est-à-dire qu'il vient d'Amérique Centrale le plus souvent, et qu'il traverse leMexique.
Le panorama médical: il n'existe pas de profil épidémiologique propre à la population migrante, mais on peut retenir que la majorité d'entre eux, dans la force de l'âge, sont en bonne santé ou souffrent de pathologies relativement bénignes, notamment infectieuses, respiratoires et cutanées. On notera que les pathologies traumatiques représentent 11.5% des résultats de consultation et que celles qui renvoient au mal être, aux difficultés liées aux conditions de vie représentent une part non négligeable de ces résultats.
Toutefois, l'accès aux soins reste très difficile pour les migrants. Seul un certain nombre de personnes souffrant de pathologies à potentiel de gravité (4.5% des consultations) ou nécessitant une prise en charge continue et prolongée (17%) ont ainsi pu reprendre un contact avec le système de santé.
Le programme "Vete Sano, Regresa Sano": ce programme officiel adressé aux migrants a été lancé par le Président Fox en 2001. Il propose des campagnes d'information sur la santé, des actions de prévention et un suivi médical pour les migrants. Le « Passeport Santé » est le document qui accorde au migrant un accès gratuit aux soins et un suivi médical. Cependant, le financement du programme est insuffisant ce qui nuit à sa mise en place aussi bien qu'à la diffusion de l'information le concernant. De fait, aucun des 1535 migrants interrogés et peu de personnes des services de santé connaissent effectivement son existence et sa portée.
Les violations des Droits de l'Homme et leurs conséquences médicales :
la discrimination, les violences subies accidentelles ou émanant des forces de l'ordre mexicaines et nord américaines, l'absence de considération vis-à-vis des papiers d'identité et les expulsions nocturnes des Etats-Unis sont autant de facteurs qui mettent en danger la santé physique et mentale des migrants. Un migrant sur cinq aurait été victime de violence au cours de son trajet migratoire. Seuls 20% de ces violences seraient le fait de délinquants alors que près de la moitié aurait été perpétrées par les autorités de police mexicaines. 3,3% des expulsés auraient souffert de violences de la part de la Border Patrol.
Médecins du Monde met à la disposition des autorités mexicaines compétentes l'ensemble de l'étude réalisée sur la base des données recueillies au cours de notre programme.
Médecins duMonde attire particulièrement l'attention des autorités sur les points suivants :
Sur le plan de l'accès aux soins :
- assurer le financement du programme officiel "Vete Sano Regresa Sano" au niveau fédéral pour permettre aux gouvernements des Etats de l'appliquer et notamment aux municipalités de mettre en place et de développer les initiatives de santé qu'il préconise en faveur des migrants
- faire connaître ce programme ainsi que le Passeport Santé aux migrants et au personnel de santé
- assurer la gratuité des consultations, de l'accès aux médicaments et examens complémentaires aussi bien pour les migrantsmexicains que les transmigrants étrangers
Sur le plan des violences subies par les migrants :
- sensibiliser l'opinion publique et les services de police mexicains à la réalité de la migration et aux respects des Droits de l'Homme des migrants et transmigrants
- mieux lutter contre les violences physiques et/ou morales de la part des services de l'Etat (police mexicaines et officiers de la migration des Etats-Unis notamment) à l'encontre des migrants et transmigrants et pouvant avoir des répercussions directes sur la santé et l'accès aux soins.
- Prohiber toute action qui puisse mettre en danger la santé des migrants (destruction des papiers d'identité pré requis pour toute inscription préalable à une prestation de service de santé publique, confiscation de médicaments en dehors de toute indication médicale, régularisation des expulsions de nuit).
Par ailleurs, Médecins du Monde appelle les trois différents niveaux d'autorité du Mexique ainsi que les autorités de migrations des Etats-Unis :
- à s'assurer du respect des Droits de l'Homme - et incidemment de la santé - des migrants et transmigrants qui cherchent de meilleures opportunités de vie