Thématique L’accès aux soins des plus démunis en 2008
Photo - Julien Pignon
17 octobre 2008 - Journée internationale du refus de la misère
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De vrais malades, pas des fraudeurs
Les personnes auxquelles s’adressent les 112 équipes de la Mission France de Médecins du Monde ont toutes un point commun : exclues du système de soins, oubliées des politiques de santé. Beaucoup ignorent si elles auront un toit au-dessus leur tête demain, si elles retrouveront leurs parents à la maison ou s’ils auront disparu dans un centre de rétention. Certaines doivent choisir entre le risque de l’arrestation et la souffrance du corps et de l’âme, malme-nés par la maladie, l’exil, les violences vécues au pays et la violence de la pauvreté ici.
Elles font parfois la une de la presse. Mais ce n’est, la plu-part du temps, que pour servir un discours politique contre la pauvreté ou l’immigration qui seraient des menaces à la sécurité et à l’intérêt national.
Paradoxalement, les mêmes sont pourtant l’objet de toutes les attentions législatives : en 2007, une accumulation de lois, décrets, circulaires les a frappés pour davantage com-plexifier et restreindre l’accès aux droits et aux soins.
Pourtant, on sait que lorsqu’une personne qui se bat pour sa survie est rejetée d’un dispositif (manque de pièces prouvant sa bonne foi, chicanes, contradictions, manque d’informa-tions intelligibles...), elle abandonne toute démarche.
Pour nos dirigeants, le problème n’est pas que 13,2 % de la population française vive sous le seuil de pauvreté, mais qu’il puisse y avoir une petite minorité de fraudeurs parmi eux qui feraient semblant de n’avoir pas de ressources pour obtenir, qui un RMI, qui une CMU. Peu importe que pour les millions de personnes concernées, tous les dispositifs deviennent au fil du temps de plus en plus inaccessibles. L’impression qui restera est celle voulue : « certes, il y a des pauvres mais vous savez, en fait, beaucoup font semblant ».
Rappelons qu’en 2 ans, 1 million de personnes sont pas-sées sous le seuil de pauvreté. On compte ainsi 7,9 millions d’individus qui vivent avec moins de 880 euros par mois, auxquels il faut ajouter les quelques centaines de milliers de personnes sans titre de séjour.
Le droit fondamental à la santé pour tous, et en particulier pour les plus démunis, semble inexorablement bafoué.
Notre responsabilité collective est de contribuer à ce que l’accès aux soins ne devienne pas un privilège.
