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Association Médecins du Monde / Témoignages / Bénin : Lutter contre le sida au plus proche des malades



Nos Missions

Bénin

Depuis la fin du régime marxiste-léniniste en 1989, le Bénin possède une image très forte de pays démocratique dans toute l'Afrique subsaharienne. Cependant, depuis 2001, les difficultés économiques n'ont cessé de s'amplifier.

Thématiques

Lutter contre le sida.

Avec près de 33 millions de personnes infectées en 2007 et 25 millions de morts depuis 1980, le SIDA reste une urgence de santé mondiale. En réaction, Médecins du Monde a décidé de placer le Sida au cœoeur de ses priorités.


  Bénin : Lutter contre le sida au plus proche des malades


Les activités de lutte contre le sida sont intégrées dans la pratique médicale courante, comme un soin de santé primaire et donc mieux acceptées par la population.

« Avant, je devais parcourir 40 km, aujourd’hui je peux aller dans mon centre de santé qui n’est qu’à 3 km» témoigne une patiente venue se faire dépister dans un centre proche de Ouidah. L’éloignement géographique et le coût des trajets constituant de véritables freins à la lutte contre le sida, il était impératif d’amener dépistage et traitements dans les centres de soins des zones les plus reculées, au plus proche des populations isolées. C’est pourquoi, depuis 2005, MdM développe un programme intégré aux centres de santé d’arrondissements (CSA) situés dans les communes des zones de santé de Ouidah et Comé, à 40 km et 70 km à l’ouest de Cotonou. Premiers niveaux de soins au Bénin, tous les CSA assurent aujourd’hui les activités de dépistage et de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant. Depuis 2005, 20 000 personnes ont été testées dont 2200 se sont révélées séropositives. Les patients sont ensuite référés aux hôpitaux de Ouidah et Comé pour suivre leur traitement anti-rétroviral, gratuit depuis 2004. Près de 500 patients sont aujourd’hui sous ARV, avec un taux d’observance du traitement qui avoisine les 90%. Pour s’assurer du bon suivi des traitements, un infirmier enfourche même régulièrement sa mobylette pour se rendre chez les patients « perdus de vue » et les convaincre de reprendre leur traitement.

Lutter contre la stigmatisation

Parallèlement, MdM travaille avec les ONG locales pour développer des messages de prévention adaptés aux populations. «Les activités de sensibilisation sont menées par les pairs éducateurs, issus des communautés, ce qui a beaucoup plus d'impact » souligne Lise Adjahi Pourteau, coordinatrice de MdM. Dans la cour de leur local, l’ONG Grapesab mène chaque mois une session de formation devant une cinquantaine d’éducateurs pairs. Vendeuses sur les marchés, taximen ou représentants des sages des villages se retrouvent pour se former aux messages de prévention avant de les relayer auprès de leurs clients, collègues ou voisins. L’occasion aussi d’échanger sur les difficultés qu’ils rencontrent (insultes, fantasmes ou idées fausses). « J’ai le courage de continuer cette mission car je veux encourager les séropositifs à ne pas contaminer leurs partenaires et les autres à ne pas s’infecter. Je me bats pour que le sida ne décime pas mon pays » s’exclame Pierrette, 40 ans, vendeuse sur le marché de Comé. Autre public visé : les jeunes. C’est dans le collège de Kpomasse, à 35 km de Comè, que l’ONG Gradei intervient ce matin. Quelques heures pour sensibiliser les élèves aux modes de transmission et de prévention du virus. « Ils peuvent poser librement leurs questions, ce qui est essentiel car beaucoup de filles ne peuvent pas aborder ce sujet en famille » explique le formateur.

S’entraider

Installée à l’ombre d’un kolatier, au milieu des membres de l'association de personnes vivant avec le VIH de Ouidah, Mahougnon (Soyons unis), Geneviève, 51 ans raconte : « Lorsque j’ai appris mon statut, on m’a rejetée. Les gens ne voulaient pas manger dans le même plat que moi. Aujourd’hui je vis avec ma sœur qui considère ma séropositivité comme un mal comme un autre ». Françoise 26 ans, se lève à son tour : « lorsque mon mari a appris ma séropositivité, il m’a renvoyée. Depuis qu’il sait qu’il souffre du même mal, nous sommes de nouveau ensemble ! ». De telles associations ont permis aux séropositifs de se connaître et de se soutenir moralement, matériellement et financièrement. « Nous nous réunissons tous les mois, discutons des problèmes que nous rencontrons et nous nous entraidons dans les moments difficiles » explique Nicolas Ahouansou, président de l’association de Comè, Apevivis.

MdM encourage et appuie financièrement ces associations. « Nous les soutenons aussi dans la mise en place de microprojets nutritionnels dont ils sont à la fois les acteurs et les bénéficiaires » explique Lise Pourteau. Dans un champ de Kpomassé, Nicolas Ahouansou admire les pousses de Moringa plantées cet été. La Moringa Oleifeira est un arbre aux vertus nutritives exceptionnelles, permettant aux malades de reprendre du poids et des forces. « On peut tout manger dans cet arbre, des racines aux feuilles en passant par les fleurs » explique Valérie, l’une des cultivatrices. La vente d’une partie des récoltes est également source de revenus. "Cette culture nous redonne espoir et dignité » conclut Nicolas Ahouansou.

Témoignage

Lise Adjahi Pourteau, coordinatrice au Bénin

« L'une des raisons qui a conduit MdM à s’implanter sur les zones de Ouidah et Comé est que leur taux de prévalence du VIH tournent autour de 5% alors que la moyenne nationale est de 2%. Cela s’explique en partie par leur localisation sur l’axe Lagos-Abidjan, une route essentielle pour la région mais avec des risques élevés de propagation du VIH.

Nous avons donc lancé en 2005 un programme de proximité intégré au programme national de lutte contre le sida. Pour garantir la pérennité du programme, nous ne nous substituons pas aux autorités mais formons les équipes au dépistage et à aux traitements. Autre force de cette mission : la prise en charge globale des malades. Cela implique de travailler en équipe, de savoir ce que les autres font dans la chaine sanitaire, ce qui est très enrichissant. Aujourd’hui, médecins des hôpitaux, sages-femmes des CSA et ONG ont appris à travailler ensemble. Cette dynamique lancée pour lutter contre le sida profite aussi à toutes les autres pathologies chroniques ».