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Association Médecins du Monde / Publications / La revue humanitaire / Revue Humanitaire N°16 - printemps 2007 - République démocratique du Congo : la croisée des chemins



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République Démocratique du Congo

En raison de sa grande superficie, la République démocratique du Congo est l’un des «géants» de l’Afrique. Malgré ses multiples richesses, il reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

Presse

21/04/2007 Parution du nouveau numéro de la revue Humanitaire consacré à la République démocratique du Congo

Après plusieurs numéros thématiques, la revue Humanitaire a souhaité aborder une problématique géographique. Si le choix s’est porté sur la République démocratique du Congo (RDC), c’est que ce pays apparaît à lui seul comme un modèle de tous les thèmes et champs d’intervention de l’aide humanitaire.


Revue humanitaire   Revue Humanitaire N°16 - printemps 2007 - République démocratique du Congo : la croisée des chemins

Revue Humanitaire N°16

Sommaire

  • Editorial > par Françoise Jeanson - Des armes aux urnes
  • Retour sur...
    • Les « paradis artificiels » de Kaboul, par Guive Rafatian
  • Dossier : République démocratique du Congo : la croisée des chemins
    • Table ronde animée par Eric Chevallier :
      Avec : Pierre-Antoine Braud, Jean Omasombo, Koen Vlassenroot, Jean-François Ploquin
    • La difficile normalisation en République démocratique du Congo : retour à Machiavel, par Jean-Claude Willame
    • Situation de conflit ouvert au Nord-Kivu, par Malika Saim
    • De l’intervention en temps de crise à la reconstruction, par Didier Cannet et Frédéric Jacquet
    • Réadaptation à base communautaire en contexte instable, par Nathalie Herlemont-Zoritchak
    • Droit et société civile dans le Sud-Kivu : retour sur une dynamique historique, par Mathias Clamens
    • La République démocratique du Congo au-delà des élections : enjeux et perspectives, par Mwayila Tshiyembe
  • Actualités
    • Comment l’Afrique tente de retenir ses médecins, par Karl Blanchet et Regina Keith
    • Les « crises oubliées » : par qui et pourquoi ? par Yann Libessart
    • La sécurité est elle devenue le nouveau paradigme identitaire des humanitaires ?, par Alexandre Carle et Jérôme Larché
    • Les organisations humanitaires dans les conflits armés : quelles identités ? Quels principes d’engagement ?, par Ghislaine Doucet
  • Regard de photographe : Liberia Photos Paolo Pellegrin
  • Lire
    Venezuela et révolution
    • Turbulences humanitaires
    • Clan-destins
    • L’humanitaire, passion démocratique
  • Personnalités de l’humanitaire Herbert Clark Hoover par Philippe Ryfman
  • Abonnement



Editorial
> Des armes aux urnes Par Françoise Jeanson,membre du Comité de pilotage de la revue Humanitaire

Après plusieurs numéros thématiques, la revue Humanitaire a souhaité aborder une problématique géographique. Si le choix s’est porté sur la République démocratique du Congo (RDC), c’est que ce pays apparaît à lui seul comme un territoire, voire un modèle de tous les thèmes et champs d’intervention de l’aide humanitaire ou du développement : une dictature corrompue ruinant le pays malgré la richesse des sous-sols, un conflit interne, transfrontalier et régional, une déstructuration totale du pays et de ses infrastructures, le silence médiatique sur 3,5 millions de morts…

Aujourd’hui, alors que la Constitution est adoptée, le président et l’Assemblée nationale élus après une forte mobilisation citoyenne, la RDC reste encore un pays aux visages multiples, aux enjeux disparates. Une partie du Congo entre en phase de développement, quand l’autre reste ravagée par la guerre : « On n’y survit pas, on y sousvit », disent les habitants de Goma. Ces 20 ans de guerre ont profondément atteint la société congolaise : la fuite des cerveaux, l’enrôlement des enfants, les viols – qu’ils aient été utilisés ou non comme arme de guerre, mais qui sont aujourd’hui encore le lot quotidien des femmes congolaises (« aller chercher de l’eau dans le Katanga, c’est risquer d’être violée une fois sur deux ») –, l’immense pauvreté ou la corruption omniprésente sont autant de facteurs d’échec d’une reconstruction.

Comme au Liberia, en Afghanistan ou en Haïti, ces situations de « Presque paix » sous l’égide de l’ONU, sont de plus en plus fréquentes, et fragiles… Quelle place peuvent et doivent y tenir les ONG ? Leur expérience après des décennies de présence, leur donne-t-elle une pertinence pour contribuer à la reconstruction du pays ? Doivent-elles entrer dans le dispositif international de reconstruction pour mieux le renforcer, l’orienter et le critiquer ? Doivent-elles s’en démarquer, de crainte de voir leur action, leur crédibilité et leur sécurité mises à mal ? Doiventelles rester totalement indépendantes pour garder une libre parole critique ? Peuvent-elles appuyer une société civile affaiblie, mais encore largement présente ? Chacune y répond selon son mandat propre, ses contraintes, ses capacités, toute réponse étant légitime, pour autant qu’elle soit argumentée et évaluée.

Toutes ces questions se sont posées en Afghanistan, dans le cadre de la contractualisation proposée entre autres par la Banque mondiale. Malheureusement, à l’heure où elles se posent en particulier en RDC ou au Liberia, aucun bilan n’a été vraiment fait, aucune leçon tirée. Pourtant la communauté internationale met un poids considérable dans ces reconstructions, tant au travers du « maintien de la paix », que du « dispositif humanitaire » et de la reconstruction de l’État. Tout au long de ce numéro se pose la question de cet état de « Presque paix », entre armes et urnes. Elle se pose, bien sûr, dans le dossier que nous consacrons à la RDC, mais également au détour des articles sur la sécurité des ONG, la pénurie des ressources humaines en santé ou encore le Liberia. C’est d’ailleurs à propos de ce dernier pays que Médecins du Monde et l’Agence Magnum ont décidé de témoigner par la plume et la photo de cet instant critique, cette « zone grise » entre la fin de la guerre et une paix véritable.

Qu’elles soient relayées ou non par les médias, les ONG demeurent en effet des témoins privilégiés de cet entre-deux qui se joue au Liberia, en RDC et ailleurs. Mais jusqu’à quel point leur engagement reste-t-il indépendant de toute tentation normative, de toute alliance dans ces mouvances où les peuples peinent à retrouver la voie de leur propre souveraineté ? N’est-il point présomptueux de penser qu’elles peuvent être actrices de la reconstruction de pays entiers ? Ne peuvent-elles pas tout au plus, et à partir de leur connaissance du terrain, donner un avis dans les domaines qui les concernent ?

A ce jour, les ONG humanitaires sont tout à la fois encensées, décriées et manipulées, tant dans leurs pays que par les populations auprès desquelles elles interviennent. Elles ont à clarifier leur identité, leurs objectifs, leur efficience et leur autonomie dans le « dispositif humanitaire ». Les débats posés ici font partie de ceux qui méritent d’être approfondis, pour les acteurs humanitaires eux-mêmes, mais surtout pour celles et ceux qui doivent bénéficier de leurs actions.


Extrait de la revue humanitaire : Les « paradis artificiels » de Kaboul, par Guive Rafatian