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Visite dans le ghetto rom de Sliven (2005)



C’est dans le ghetto rom de la ville de Sliven en Bulgarie que la délégation de Corse a choisi de mettre en place un programme de protection maternelle et infantile. L’état général et sanitaire y est déplorable : ni eau courante, ni assainissement ; le taux de mortalité maternelle et infantile y est le plus élevé de Bulgarie ; le taux de chômage y atteint 80 %. L’accès aux soins en ville n’est pas assuré pour cette population de 20 000 habitants qui subit une discrimination séculaire et se replie sur elle-même dans un réflexe d’auto protection.

Il s’agit d’établir l’indispensable lien, le chaînon manquant, entre ces familles enfermées dans un espace insalubre et le système de soins bulgare. En droit, celui-ci est ouvert à tous, mais dans les faits, fermé aux Roms qui, de toute façon, ne s’y adressent pas, par manque de confiance. Lors de deux visites à domicile dans des familles, nous sommes témoins de l’accueil chaleureux réservé à l’équipe. Après un temps de discussion, les familles sont visiblement rassurées de voir, pour une fois, une aide concrète leur être apportée.

La pédiatre crée un climat de confiance et propose une consultation immédiate. A la fin elle remet le carnet de santé, donne toutes les explications nécessaires et invite la famille à venir consulter au centre. C’est la confiance et la crédibilité acquise qui permettent d’espérer le succès du centre de PMI auquel les Roms n’hésiteront pas à s’adresser. Incontestablement, Médecins du Monde a eu raison d’ouvrir cette mission. D’abord, parce qu’en cela l’association a répondu à une demande et s’est donnée les moyens de vérifier la réalité des besoins médicaux de base. Ensuite, parce qu’il est important de pouvoir témoigner de la persistance des discriminations à deux ans de l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne. Ces discriminations ne concernent pas que l’accès aux soins mais affectent aussi l’accès au savoir et à l’éducation. Cette forme de « médecine politique » donnera à l’association la capacité de peser sur les débats concernant le sort de cette minorité.

La discrimination ancrée comme elle l’est dans les esprits, ne disparaîtra pas aussi vite que nous le souhaitons. Mais au moins une situation aussi inacceptable que celle de Sliven aura été dénoncée, entre autres par Médecins du Monde.

Georges Quinquis et Mireille Kukawka, membres du Comité des donateurs